Anywhere, Out Of The World

Réservoir de réflexions personnelles et autres délires particuliers

samedi 26 août 2006

Des confréries touristiques

J'ai eu l'occasion de passer 3-4 jours à Praque durant cette dernière semaine. Ce qu'on peut en dire, à part que c'est beau, c'est que c'est une espèce de masse informe de touristes. Des allemands, des anglais, des français, italiens, des chinois, des japonais... mais en revanche, je suis pas sur d'avoir vu un seul pragois. On a l'impression que les uniques habitants de Prague sont les vendeurs, les hoteliers, ceux qui travaillent dans la restauration, enfin bref, tout le nécessaire au tourisme de masse. Mais rien d'autre. Peut-être que Praque multiplie par 100 le nombre de ses passants pendant les périodes touristiques, qui sait...

Mais au moins, ce magnifique rassemblement de gens donne lieu à un formidable observatoire du tourisme. Ainsi, comme je l'écrivais à un ami, on a fait (re ?)naitre l'ordre de la Touristerie errante parmi les touristes (j'ai du lire Don Quichotte ces vacances, ça aide pas à garder les idées claires). Avec, au coeur de cet ordre, les confréries - ou n'importe quel synonyme qui rejoint grossièrement le sens de groupe. Une confrérie, telle qu'on l'entendra ici, c'est un groupe de personnes qui marchent vers un même but, dirigé par un grand maitre - le chef et guide de leur confrérie - brandissant fièrement un signe distinctif qui permet à ses fidèles de le reconnaître dans la foule. Les confréries parcourent la ville de places en cathédrales et en monuments cités dans les manuels touristiques. Faire partie d'une confrérie est payant. Une confrérie, ça ressemble globalement à ça :

Confrérie du parapluie rose et blanc
Ici, la grande maitresse de la confrérie est celle qui tient son parapluie rose et blanc sur son épaule

Vous voyez où je veux en venir ? Eh bien Prague, ça regorge de confréries de ce genre, et chaque guide/grand maître a son signe qui permet à son groupe de le retrouver, qui un parapluie, qui une fanfreluche, qui un drapeau, qui une fleur en plastique au bout d'une baguette. Le premier jour, on avait même croisé un guide qui brandissait une grenouille bien en évidence au bout de son bâton ; mais personne ne le suivait. La confrérie de la grenouille, trop la honte ? Enfin, voici un aperçu des ordres de touristerie errante que l'on a croisés à Prague :

Confréries du haut de la grande tour de la cathédrale du chateau de Prague
Des confréries vues de haut ; il doit y en avoir trois ou quatre différentes au centre de l'image


Chevaliers du tournesol
Les Chevaliers du Tournesol


Ordre du drapeau
L'Ordre du Drapeau orange et blanc


Caste du Dossier
La Caste du... dossier ?


Société de la casquette
Original : la Société du Parapluie-Casquette


Confrérie & Compagnie
La Confrérie du Parapluie vert, avec la Compagnie du Parapluie rose à côté


Ordre Drapeau Italien
L'Ordre du Drapeau Italien... on trouvait vraiment de tout


Chevaliers & Communauté
Les Chevaliers de la Fanfreluche verte et jaune, avec la Communauté du Panneau rouge. Si, si, ce n'est peut-être pas très apparant, mais ce panneau rouge est fièrement brandit par un guide...


Caste du Parapluie bleu foncé
La Caste du Parapluie bleu foncé


Confrérie de Clémentine
Ma soeur qui a vainement tenté de lancer elle-même sa confrérie - ou d'en détourner une - avec son parapluie rouge


La marche de la confrérie à la fanfreluche orange
Une belle confrérie en ordre de bataille dans une rue pragoise


La plupart de ces photos viennent du même endroit, c'est à dire du chateau de Prague - je n'ai pas fait la chasse aux confréries pendant toute la journée, ça finissait par être lassant. Mais, ces photos ne sont pas très représentatives : en fait, la majorité des confréries présente pour signe distinctif brandi par son grand maitre un parapluie - décliné dans diverses formes et couleurs (les fanfreluches de rubans venant en 2nd position des signes les plus rencontrés et les panneaux en 3eme, pour les curieux). D'où la question que l'on finit imanquablement par se poser : les jours de pluie, comment font les guides pour se faire voir de leurs touristes, au milieu de la foule de parapluies ? Malheureusement - enfin plutôt heureusement - il n'a pas plu lorsqu'on était à Prague et on n'a pas pu observer les différentes parades mises en oeuvre. Si quelqu'un a une expérience des visites guidées de villes...

vendredi 25 août 2006

Le tragique de l'existence humaine

Vous vivez, tranquillement, vous vaquez à vos occupations, quand soudain, une vérité vous saute aux yeux : l'existence humaine est tragique. Les hommes vont vers un malheur certain, le savent, n'y peuvent rien, et y vont même en fermant les yeux le plus possible, dans la joie et la bonne humeur - technique de l'autruche. Bon, malheureusement - ou heureusement - ce point de vue sur l'existence humaine est souvent passager et biaisé par des aventures personnelles ; il n'est donc pas forcément vrai.

Mais on peut parvenir par un raisonnement juste, objectif et posé, à cette conclusion, si si. Prenons un exemple, qui m'est personnel, mais il aurait pu arriver à n'importe qui. Il y a quelques semaines, je faisais une randonnée pédestre dans le Vercors. Par ailleurs, vous avez peut-être remarqué que la météo générale sur la france pendant ce mois d'aout n'a pas été magnifique. On a donc pu vérifier pendant cette rando une loi de Murphy, qui s'énonce ainsi : Dès que l'on range les K-Ways, il se met à pleuvoir, et dès qu'on les sort, il ne pleut plus. Ca a été tellement véritable pendant la rando que je préfère la supposer vraie pour la suite du raisonnement. Vous n'avez rien contre l'empirisme, hein ? Ainsi, je faisais une rando pourrie où il n'allait pas arrêter de pleuvoir. J'allais vers un moins. Par ailleurs, je le savais pertinemment et je ne pouvais rien faire pour l'éviter ! Si c'est pas tragique, ça.

Mais, par ailleurs, ce raisonnemment est facilement étendable, puisqu'il existe autant de lois de Murphy qu'on en invente. Ainsi, l'existence humaine, dictée par ces lois, n'est pas maitrisable, et on est même conscients qu'elle ne l'est pas, et on sait même pourquoi. On ne fait que nager dans le tragique.
Bon, je vous demande pas non plus de suivre l'exemple de Phèdre et de vous suicider.

Pour parfaire le raisonnemment, je prouverai le bien fondé et la vérité des lois de Murphy. Mais plus tard, hein. Les tenir pour acquises me suffit très bien pour l'instant, et puis tout vient à point à qui sait attendre. Au moins, on peut affirmer que les randonnées dans le vercors, ça a un côté tragique. Quand il pleut.


Il n'a plu que les deux premiers jours en fait.

jeudi 3 août 2006

Nationale 7, lalala...

Pendant les vacances, chacun son truc. Certains aiment bien la mer - tiens d'ailleurs j'ai réussi à me faire un été sans plage, ça fait bien 17 ans que j'attendais ça - ; quant à moi je préfère la montagne. La vraie, la haute, celle qui explose les pieds et qui vous fait vivre comme un extra-terrestre. Récit de mon premier "4000" - et peut-être du seul.

Samedi 29 juillet

On s'était dit avec mon père il y a deux ans qu'on ferait une randonnée en haute montagne jusqu'au sommet des écrins. Enfin, au départ, on voulait la faire l'an dernier, mais comme on avait un trèèès fort engouement, on avait un peu laissé trainer... Mais, quoi qu'il en soit, samedi dernier, à 18h, on était au Pré de Mme Carle (altitude : 1800m ? 200m ? j'ai oublié), dans la vallée de l'Aile Froide - ou quelque soit le nom de la valée, le patelin le plus proche s'appelle Aile Froide -, au coeur du massif des écrins ; prêts à partir, le sac sur le dos. Et même partis, d'ailleurs, en direction du refude du glacier blanc (2550m), qu'on atteint vers 20h30. J'avais loué pour l'occasion des chaussures de marche diaboliques qui troquent contre l'avantage de supporter des crampons un inconfort complet du pied. Après les 2h30 de marche, il m'apparaît clairement que ces chaussures et moi allons mal nous entendre. Une fois là-haut, je découvre la vie en refuge, et puis on part rapidement se coucher parce que le lendemain, on doit se lever à 3h du matin. Trois heures ! Deux jours avant, c'était l'heure à laquelle je me couchais. Et puis, dormir dans un dortoir de 20 personnes, c'est assez terrible, avec tous les ronflements. On avait même un dindon dans la chambre - dixit un autre type du dortoir à son réveil : toutes les cinq minutes, on entendait un espèce de "hrrmmm... stack". Le sommeil est parfois difficile...

Dimanche 30 juillet

But de cette première journée : atteindre le pic de Roche Faurio. Comme prévu, on se lève à 3h du mat', on prend le petit déjeuner, on se prépare, et puis au moment de partir, mon père fait "Ah, il faudrait que je vérifie que mes crampons vont sur mes chaussures". Oui, effectivement, il était temps... C'est drôle, notre rando me faisait penser à une espèce d'expédition pourrie mal préparée. J'avais oublié mon anorak et pris des chaussettes de laine trop petites, ce qui fait qu'on a du acheter un K-way (j'avais déjà un gros pull) et des chaussettes de marche avant de partir. On avait des vieux crampons impossibles à mettre et des vieux piolets avec des manche en bois ; et en guise de lunettes de glacier, on avait juste bricolé un genre de cache sur le bord de nos lunettes de soleil avec des bandes de pansements. Le seul truc de récent que mon père a, c'est du matos d'escalade sur rocher, et ça ne nous a pas du tout servi. Même la corde qu'il avait était deux fois - voire même quatre fois - trop longue. Enfin... on avait quand même ses 30 ans d'expérience d'alpinisme - en amateur, certes, mais même. En fait, cette rando m'a fait penser au Port de la Mer de Glace de Dominique Potard - un bouquin que je vous recommande très chaudement : il est excellent à lire, très drôle et très bien écrit, même si D.Potard est probablement plus connu comme guide de haute montagne que comme écrivain. Le point commun de notre rando avec l'expédition absurde que font les personnages du Port de la Mer de Glace, c'est le côté à peine préparé. Sur le coup, je trouvais ça bien comique.
Heureusement, ses crampons allaient, et vers 4h30, on est parti du refuge du glacier blanc, éclairés à la lampe frontale pour essayer de trouver un espèce de chemin inexistant qui zuigzague dans les éboulis vers le refuge des écrins (3170m). C'est assez impressionnant de marcher dans le noir avec la masse énorme du Glacier Blanc que l'on devine sur notre gauche. Mais en revanche c'est complètement impossible de trouver à la frontale cet espèce de chemin bâtard qui tient à la fois du courant d'air et du rideau de fumée. On finit toutefois par atteindre la zone où le chemin quitte les rochers pour parvenir sur le glacier vers 6h, on y chausse les crampons - c'était la première fois que je marchais avec des crampons - on s'encorde, on sort les piolets - pareil, la première fois que j'en utilise un - et on continue, dans la joie et la bonne humeur. Au passage, on remarque que l'appareil photo ne marche plus parce qu'il n'a plus de piles : horreur et frustration. Vraiment n'importe quoi, cette rando.
On progresse sur le glacier jusqu'à Roche Faurio (environ 3700m) dont on atteint le sommet à 10h. Enfin, pas tout à fait le sommet, juste l'antécime, qui est à 20m du sommet. Mais j'étais trop crevé pour aller plus loin. Autant marcher sur le glacier tant qu'il est à peu près plat, c'est facile, ça fatigue pas beaucoup ; autant une fois qu'on a commencé à monter vraiment raide - c'est à dire à partir de 3200m, environ - ça crève complètement. Surtout que je dormais presque en marchant, tellement j'avais pas dormi. Enfin, au moins, de là-haut on avait une vue magnifique sur tout le massif ou presque, on a même vu la masse imposante du mont-blanc et de ses contreforts se dresser à l'horizon. Mais profiter de cette vue était éteintant.
Heureusement, la descente est beaucoup plus rapide et beaucoup moins fatiguante, et on arrive au bas du refuge des écrins vers midi - il est perché 70m au dessu du Glacier Blanc sur un promontoire rocheux. On y passera l'après-midi à faire la sieste et à s'occuper, puis on va se coucher vers 20h.

Lundi 31 juillet

But de la journée : le Dôme des Ecrins ! Réveil à 3h30. Il n'existe pas de régime plus différent que celui du montagnard et celui du computer-addict. En haute montagne, on évite d'aller sur les glaciers l'après-midi, par sécurité - parce que la neige a commencé à fondre et que les crevasses s'ouvrent plus facilement - ; donc, on se balade de 3h à midi. C'est l'horaire précis pendant lequel je dormais les 15 jours précédants...
Petit déjeuner, on s'équipe, puis on part du refuge vers 4h15 pour atteindre le glacier à 4h30. C'est assez drôle de marcher à la frontale, parce qu'on voit tous les autres groupes de loin, comme des étoiles dans la montagne, ou encore des chenilles qui progressent lentement ; on peut trouver pas mal de métaphores comme ça. Enfin, quoi qu'il en soit, sur le glacier, on voyait plein de chenilles devant nous comme derrière nous. On atteint vers 5h30 le bas de la pente raide qui monte vers le dôme des écrins, c'est à dire à environ 3200m. Et puis on monte... Dieu que c'est fatiguant ! Le sommet du dôme culminant à 4015m, il faut monter 800m dans ce glacier à n'en plus finir. 300m de plus que pour Roche Faurio - même si cette fois on venait pas du refuge du glacier blanc, au moins. On passe au milieu de crevasses impressionnantes en montant - d'une largeur de 50 cm, peut-être, mais d'une profondeur bien plus importante. Et puis, vers 8h, enfin, on arrive en haut du dôme. Pour passer la rimaye (une crevasse en haut du glacier) on a du escalader un genre de tobogan - d'une longueur de 15m, hein, pas très long - de glace à coup de crampons et piolet : diantre, fichtre, tout ce que vous voulez, mais que c'est crevant ! Enfin, un 4000, ça se mérite, à ce qu'il paraît. Mais même. En plus il y avait un nuage perché en haut, ce qu'il fait qu'on ne voyait absolument rien du haut du dôme. Le néant de tous côtés. On ne voyait même pas la Barre des Ecrins - le sommet le plus haut, avec 4100m et quelques, situé à côté du dôme mais dont l'ascension nécessite des compétences en escalades que je n'ai pas - ce qui fait qu'on pouvait se croire au sommet du monde. Sauf qu'il faisait froid, que c'était venteux et qu'on ne voyait rien et que c'était frustrant, même si on se sentait un peu moins dégouté que l'appareil photo de marche pas. Enfin, on était content quand même.
Puis, on redescend, en croisant ceux qui montent encore - il doit y avoir 50 personnes par jour qui montent au dôme, j'ai l'impression - crevés mais contents. On arrive au bas du refuge des écrins vers 10h, puis au refuge du glacier blanc vers midi. On avait viré définitivement les crampons entre temps, en quittant le Glacier Blanc. Il était possible qu'on s'arrête encore une fois à ce dernier refuge pour monter le lendemain à un autre sommet voisin, les Agneaux (environ 3600m). Mais d'une part j'étais trop fatigué, et d'autre part mes chaussures m'ont méthodiquement et méticuleusement broyé les orteils et laminé la peaux des talons avec une cruauté dont je ne pensais pas un bout de cuir capable. C'est à dire que j'avais des ampoules éclatées sur les deux talons avant même que je me rende compte de leur existence, et que je ne sentais plus mes doigts de pieds. Après s'être reposé pendant une heure ou deux au refuge du glacier blanc, on est redescendu jusqu'au Pré de Mme Carle, où nous attendait la voiture, à 15h. En tout, on aura marché entre 9 et 10h ce jour là.
À 20h, on était à lyon, à apprécier une bonne douche après ces 3 jours.


Demain je repars faire une rando dans le vercors - pas vraiment de la haute montagne, cette fois - avec toute la famille cette fois. On va marcher en moyenne 5h par jour et porter dans les sacs uniquement des fringues, sans se taper tout un matos compliqué, ni une corde 4 fois trop longue - et donc 4 fois trop lourde. Ca va vraiment être de la rigolade.