Pendant les vacances, chacun son truc. Certains aiment bien la mer - tiens d'ailleurs j'ai réussi à me faire un été sans plage, ça fait bien 17 ans que j'attendais ça - ; quant à moi je préfère la montagne. La vraie, la haute, celle qui explose les pieds et qui vous fait vivre comme un extra-terrestre. Récit de mon premier "4000" - et peut-être du seul.
Samedi 29 juillet
On s'était dit avec mon père il y a deux ans qu'on ferait une randonnée en haute montagne jusqu'au sommet des écrins. Enfin, au départ, on voulait la faire l'an dernier, mais comme on avait un trèèès fort engouement, on avait un peu laissé trainer... Mais, quoi qu'il en soit, samedi dernier, à 18h, on était au Pré de Mme Carle (altitude : 1800m ? 200m ? j'ai oublié), dans la vallée de l'Aile Froide - ou quelque soit le nom de la valée, le patelin le plus proche s'appelle Aile Froide -, au coeur du massif des écrins ; prêts à partir, le sac sur le dos. Et même partis, d'ailleurs, en direction du refude du glacier blanc (2550m), qu'on atteint vers 20h30. J'avais loué pour l'occasion des chaussures de marche diaboliques qui troquent contre l'avantage de supporter des crampons un inconfort complet du pied. Après les 2h30 de marche, il m'apparaît clairement que ces chaussures et moi allons mal nous entendre. Une fois là-haut, je découvre la vie en refuge, et puis on part rapidement se coucher parce que le lendemain, on doit se lever à 3h du matin. Trois heures ! Deux jours avant, c'était l'heure à laquelle je me couchais. Et puis, dormir dans un dortoir de 20 personnes, c'est assez terrible, avec tous les ronflements. On avait même un dindon dans la chambre - dixit un autre type du dortoir à son réveil : toutes les cinq minutes, on entendait un espèce de "hrrmmm... stack". Le sommeil est parfois difficile...
Dimanche 30 juillet
But de cette première journée : atteindre le pic de Roche Faurio. Comme prévu, on se lève à 3h du mat', on prend le petit déjeuner, on se prépare, et puis au moment de partir, mon père fait "Ah, il faudrait que je vérifie que mes crampons vont sur mes chaussures". Oui, effectivement, il était temps... C'est drôle, notre rando me faisait penser à une espèce d'expédition pourrie mal préparée. J'avais oublié mon anorak et pris des chaussettes de laine trop petites, ce qui fait qu'on a du acheter un K-way (j'avais déjà un gros pull) et des chaussettes de marche avant de partir. On avait des vieux crampons impossibles à mettre et des vieux piolets avec des manche en bois ; et en guise de lunettes de glacier, on avait juste bricolé un genre de cache sur le bord de nos lunettes de soleil avec des bandes de pansements. Le seul truc de récent que mon père a, c'est du matos d'escalade sur rocher, et ça ne nous a pas du tout servi. Même la corde qu'il avait était deux fois - voire même quatre fois - trop longue. Enfin... on avait quand même ses 30 ans d'expérience d'alpinisme - en amateur, certes, mais même. En fait, cette rando m'a fait penser au Port de la Mer de Glace de Dominique Potard - un bouquin que je vous recommande très chaudement : il est excellent à lire, très drôle et très bien écrit, même si D.Potard est probablement plus connu comme guide de haute montagne que comme écrivain. Le point commun de notre rando avec l'expédition absurde que font les personnages du Port de la Mer de Glace, c'est le côté à peine préparé. Sur le coup, je trouvais ça bien comique.
Heureusement, ses crampons allaient, et vers 4h30, on est parti du refuge du glacier blanc, éclairés à la lampe frontale pour essayer de trouver un espèce de chemin inexistant qui zuigzague dans les éboulis vers le refuge des écrins (3170m). C'est assez impressionnant de marcher dans le noir avec la masse énorme du Glacier Blanc que l'on devine sur notre gauche. Mais en revanche c'est complètement impossible de trouver à la frontale cet espèce de chemin bâtard qui tient à la fois du courant d'air et du rideau de fumée. On finit toutefois par atteindre la zone où le chemin quitte les rochers pour parvenir sur le glacier vers 6h, on y chausse les crampons - c'était la première fois que je marchais avec des crampons - on s'encorde, on sort les piolets - pareil, la première fois que j'en utilise un - et on continue, dans la joie et la bonne humeur. Au passage, on remarque que l'appareil photo ne marche plus parce qu'il n'a plus de piles : horreur et frustration. Vraiment n'importe quoi, cette rando.
On progresse sur le glacier jusqu'à Roche Faurio (environ 3700m) dont on atteint le sommet à 10h. Enfin, pas tout à fait le sommet, juste l'antécime, qui est à 20m du sommet. Mais j'étais trop crevé pour aller plus loin. Autant marcher sur le glacier tant qu'il est à peu près plat, c'est facile, ça fatigue pas beaucoup ; autant une fois qu'on a commencé à monter vraiment raide - c'est à dire à partir de 3200m, environ - ça crève complètement. Surtout que je dormais presque en marchant, tellement j'avais pas dormi. Enfin, au moins, de là-haut on avait une vue magnifique sur tout le massif ou presque, on a même vu la masse imposante du mont-blanc et de ses contreforts se dresser à l'horizon. Mais profiter de cette vue était éteintant.
Heureusement, la descente est beaucoup plus rapide et beaucoup moins fatiguante, et on arrive au bas du refuge des écrins vers midi - il est perché 70m au dessu du Glacier Blanc sur un promontoire rocheux. On y passera l'après-midi à faire la sieste et à s'occuper, puis on va se coucher vers 20h.
Lundi 31 juillet
But de la journée : le Dôme des Ecrins ! Réveil à 3h30. Il n'existe pas de régime plus différent que celui du montagnard et celui du computer-addict. En haute montagne, on évite d'aller sur les glaciers l'après-midi, par sécurité - parce que la neige a commencé à fondre et que les crevasses s'ouvrent plus facilement - ; donc, on se balade de 3h à midi. C'est l'horaire précis pendant lequel je dormais les 15 jours précédants...
Petit déjeuner, on s'équipe, puis on part du refuge vers 4h15 pour atteindre le glacier à 4h30. C'est assez drôle de marcher à la frontale, parce qu'on voit tous les autres groupes de loin, comme des étoiles dans la montagne, ou encore des chenilles qui progressent lentement ; on peut trouver pas mal de métaphores comme ça. Enfin, quoi qu'il en soit, sur le glacier, on voyait plein de chenilles devant nous comme derrière nous. On atteint vers 5h30 le bas de la pente raide qui monte vers le dôme des écrins, c'est à dire à environ 3200m. Et puis on monte... Dieu que c'est fatiguant ! Le sommet du dôme culminant à 4015m, il faut monter 800m dans ce glacier à n'en plus finir. 300m de plus que pour Roche Faurio - même si cette fois on venait pas du refuge du glacier blanc, au moins. On passe au milieu de crevasses impressionnantes en montant - d'une largeur de 50 cm, peut-être, mais d'une profondeur bien plus importante. Et puis, vers 8h, enfin, on arrive en haut du dôme. Pour passer la rimaye (une crevasse en haut du glacier) on a du escalader un genre de tobogan - d'une longueur de 15m, hein, pas très long - de glace à coup de crampons et piolet : diantre, fichtre, tout ce que vous voulez, mais que c'est crevant ! Enfin, un 4000, ça se mérite, à ce qu'il paraît. Mais même. En plus il y avait un nuage perché en haut, ce qu'il fait qu'on ne voyait absolument rien du haut du dôme. Le néant de tous côtés. On ne voyait même pas la Barre des Ecrins - le sommet le plus haut, avec 4100m et quelques, situé à côté du dôme mais dont l'ascension nécessite des compétences en escalades que je n'ai pas - ce qui fait qu'on pouvait se croire au sommet du monde. Sauf qu'il faisait froid, que c'était venteux et qu'on ne voyait rien et que c'était frustrant, même si on se sentait un peu moins dégouté que l'appareil photo de marche pas. Enfin, on était content quand même.
Puis, on redescend, en croisant ceux qui montent encore - il doit y avoir 50 personnes par jour qui montent au dôme, j'ai l'impression - crevés mais contents. On arrive au bas du refuge des écrins vers 10h, puis au refuge du glacier blanc vers midi. On avait viré définitivement les crampons entre temps, en quittant le Glacier Blanc. Il était possible qu'on s'arrête encore une fois à ce dernier refuge pour monter le lendemain à un autre sommet voisin, les Agneaux (environ 3600m). Mais d'une part j'étais trop fatigué, et d'autre part mes chaussures m'ont méthodiquement et méticuleusement broyé les orteils et laminé la peaux des talons avec une cruauté dont je ne pensais pas un bout de cuir capable. C'est à dire que j'avais des ampoules éclatées sur les deux talons avant même que je me rende compte de leur existence, et que je ne sentais plus mes doigts de pieds. Après s'être reposé pendant une heure ou deux au refuge du glacier blanc, on est redescendu jusqu'au Pré de Mme Carle, où nous attendait la voiture, à 15h. En tout, on aura marché entre 9 et 10h ce jour là.
À 20h, on était à lyon, à apprécier une bonne douche après ces 3 jours.
Demain je repars faire une rando dans le vercors - pas vraiment de la haute montagne, cette fois - avec toute la famille cette fois. On va marcher en moyenne 5h par jour et porter dans les sacs uniquement des fringues, sans se taper tout un matos compliqué, ni une corde 4 fois trop longue - et donc 4 fois trop lourde. Ca va vraiment être de la rigolade.