Hier, je me faisais la réflexion qu'on se laisse assez facilement façonner par nos lectures ou les films que l'on regarde (je cherche l'équivalent au mot "lecture" pour les films, mais j'le trouve pas). Quand on y repense, c'est assez évident - vous regardez un film où le héros vous plaît, où vous désirez vous y reconnaitre, faire preuve par exemple de la même grandeur d'esprit, ou de la même constance, ou du même humour, enfin, bref, un aspect de sa personnalité vous semble admirable, vous voulez donc la copier dans une certaine mesure, la faire votre, et un des meilleurs moyens pour cela est, plus ou moins, d'imiter le héros. Mais il ne s'agit pas que d'héroïsme, cela s'étend facilement : vous avez un ami que vous appréciez pour quelque raison, ou plutôt dont vous appréciez (entre autres, évidemment, je ne vais pas réduire mes amis à des particularités) quelque particularité, il est alors très vite fait d'essayer d'acquérir soi-même cette particularité - il s'agit donc plus ou moins de changer sa propre personnalité pour la rendre plus conforme, peut-être uniquement en apparence, et peut-être plus profondément, à un certain idéal que l'on désire atteindre ; et ceci en copiant des attitudes, des comportement, des modes de réflexion à droite, à gauche, à qui l'on admire, et puis en les adaptant comme on le désire. En d'autres termes, il s'agit d'être influencé par les gens que l'on fréquente, de manière consciente ou non ; mais aussi par les œuvres que l'on lit ou que l'on regarde. Je ne sais pas si, par exemple, après avoir regardé un film, pendant quelques jours, vous avez eu l'impression de vouloir réagir comme un des protagonistes, tout à fait inconsciemment (moi oui... et j'ai préféré oublier consciemment). Ce qui fait que, des fois, j'ai tendance à me voir comme une somme d'influences, et je me demande si je suis authentique, et le cas échéant, où - bref, si je reste quand même unique dans ma personnalité ou pas, si j'ai un apport personnel à moi-même ou si je ne suis que ce que les autres ont fait de moi. Ca serait assez déprimant de finir par conclure à la seconde possibilité - mais j'ai tendance à choisir la première (j'arrive encore à inventer des attitudes face à des situations nouvelles qui semblent me venir de nulle part ; et puis, des fois c'est aussi moi qui influence les gens et pas l'inverse... donc le processus est a priori inversible).
Mais enfin, les influences sont quand même facilement pernicieuses. Pour finir par développer la réflexion ci-dessus, j'avais en fait repensé à une conversation que j'avais tenue à une amie durant l'année, qui portait sur la télévision et les raisons qui font qu'elle la regarde beaucoup (bon, pas trop non plus, elle reste en prépa, et par ailleurs c'est une bosseuse). Il apparaît qu'elle regarde en fait la télévision en mangeant, durant le dîner. Il est possible que cette nouvelle vous paraisse en fait totalement évidente, parfaitement normale, que j'aurais du y songer plus tôt et que je suis idiot de me poser une question pareille. Hé oui, mais pour moi c'était plutôt stupeur, consternation et mémoire qui revenait et qui me faisait me rendre compte qu'effectivement, je ne sais plus où ni comment, il fut un jour où j'avais réalisé qu'il arrivait à des gens de regarder la télévision en dînant, mais que je l'avais oublié. Impensable ! Totalement ridicule ! Quand on mange, on mange, on ne regarde pas la télé ! Et comment on fait pour parler aux autres si la télé parle aussi ? Quelle idée bizarre ! Et pourtant, eux, je crois qu'ils le faisaient... oui, et eux aussi... et eux... bref - j'ai du réaliser une nouvelle fois, en un centième seconde, que des gens préféraient regarder la télé plutôt que de parler à leurs parents ou leurs frères et sœurs. Et, en élargissant, toujours in petto, j'ai du me rappeler que tout le monde ne vit pas chez lui comme je vis moi chez moi. Car ce n'est pas a priori évident qu'il existe moult détails de la vie quotidienne qui peuvent être différents de moi aux autres ! Dans mon égocentrisme habituel, ou dans ma naïveté, ça dépend, j'ai une forte tendance à supposer que ma façon de vivre est la seule logique... alors que c'est faux. Après une bonne remise en question de moi-même et de mes habitudes, la suite logique à cette découverte est, quelle est la meilleure façon de vivre ? La mienne ou celle des autres ? La question n'est pas très intéressante dans son cadre le plus large (mais je me la pose encore), mais appliqué au contexte, cela donne des questionnements sur pourquoi cette amie regarde la télévision en dînant plutôt que de, enfin, des interrogations sur le pourquoi de cette autre façon de vivre. Mais en moi-même, j'effectuais surtout la remise en question de ma vision des choses : pourquoi je considère qu'il est mauvais de regarder la télévision en dînant ? Parce que je l'ai jamais fait (sauf actualité exceptionnelle, type élections ou attentat du World Trade Center) ? Non, je sais que je suis capable de nourrir des préjugés à cause de mes habitudes, mais pas négatifs. Parce que mes parents disaient - et diraient toujours actuellement, probablement - que ça se faisait pas ? Ils ne l'ont jamais dit, puisqu'on l'a jamais fait. Parce que j'ai une culture de diabolisation des écrans ? Peut-être, mais ça fait tout de même longtemps que les parents ont accepté que passer des heures devant un ordi n'est pas une tare. Parce que... parce que quoi ?
La réponse, en fait, semble venir - et c'est là que je disais que ces influences étaient pernicieuses ! - d'un roman de SF que j'avais lu il y a assez longtemps, qui se passerait dans quelques dizaines d'années, et dans lequel les gens sont séparés en deux classes sociales, une riche, qui vit dans des villes barricadées, à l'abri de la deuxième, pauvre, qui vit dans les banlieues où c'est le chaos total. Les gens de la première classe sociale sont tous des geeks passant leur vie devant des écrans et dans des univers virtuels, avec une vie aux horaires aléatoires que l'on peut déjà connaitre. Donc, pas d'unité familiale, pas de contacts humains autre part que dans des univers virtuels, des repas pris seuls et en vitesse... sauf une famille, qui s'obstine - pour diverses raisons, c'est la fin du bouquin - à respecter des horaires de repas fixes et rassemblant toute la famille. Bon. Le lien avec la télé ? La télé, ce sont ces écrans, qui divisent les gens. L'absence de télé, c'est la vie de cette famille dans laquelle je me reconnaissais puisque c'est la vie que l'on doit tous mener (je veux dire, dans les grandes lignes : repas souvent en famille et pas chacun de son côté à sa propre heure, c'est la seule grande ligne intéressante et précisée), et puis c'est celle de deux des personnages principaux (évidemment), donc elle est meilleure (évidemment). Bref, le préjugé vient initialement de là. Il m'a quand même fallu aller le chercher assez loin - mais il est là. Il faut voir qu'il reste fondé... jusqu'à un certain point : ce qui y est vrai, c'est qu'il est profitable de faire un dîner familial (je peux vous en expliquer toutes les raisons si vous insistez). Mais pas qu'y regarder la télévision est forcément problématique. Pour preuve, ce que me disait mon amie : sans ça, ils ne parleraient pas du tout. Donc de ce point de vue, ce n'est pas forcément nuisible.
Bref, exit le préjugé (remplacé par une réflexion plus construite, et je n'approuve toujours pas son mode de vie - mais au moins je le comprends) ; mais là, nous avons tout de même une certaine mise en évidence que l'influence de nos lectures peut s'étendre un peu plus loin que ce à quoi l'on s'attend (mais attention, je ne prétend pas que c'est non souhaitable !). Et de chercher d'autres exemples... que j'ai trouvés, même si je ne vous les détaillerai pas. D'où la première réflexion.
Tout ça (oui, je cherche une conclusion à cette note ; comme je parle de deux trucs en même temps, forcément, c'est un peu dur à faire, mais j'avais la flemme de faire deux notes) pour vous demander ce que vous pensez de l'intérêt de regarder le 20h en dînant. Personnellement, je préfère immensément les journaux et l'Internet comme source d'information sur l'actualité, voire la radio - ça fait des années que j'ai pas regardé de journal télévisé (en fait, vos réponses à cette question me permettront de conclure si Bernard Werber devient définitivement un névrosé ou pas).