Anywhere, Out Of The World

Réservoir de réflexions personnelles et autres délires particuliers

lundi 11 août 2008

Et la réponse, un peu partout aussi

Il fallait bien qu'elle vienne :

  • "Mon premier désigne familièrement la personne à qui l'on parle."

Je te fais confiance pour trouver le reste.

Avec ça, je devrais éviter les commentaires à la "c'est trop mignon"... :D

vendredi 8 août 2008

Réfléchir par le bon bout

Le "bon bout", c'est l'expression qu'utilise Rouletabille, l'enquêteur dans le roman policier le Mystère de la Chambre Jaune, de Gaston Leroux, pour désigner le(s) point(s) sur le(s)quel(s) il est logique de commencer à fonder ses réflexions et étayer ses affirmations. Comme c'est lui qui a raison (ben, oui, il résoud l'affaire), il apparaît qu'effectivement, c'était bien de ces éléments qu'il était logique de partir, pour parvenir à expliquer le mystère du livre (passionnant au demeurant).

Après tout, Rouletabille n'a pas tort. Toutes les façons de réfléchir ne se valent pas ; je ne vais pas prétendre qu'il y en a une qui peut prévaloir sur toutes les autres, mais que certaines relèvent du bon sens, de la lucidité, tandis que d'autres de l'abstrus, voire de l'obscur le plus total, si elles ne sont complètement douteuses. Je peux ici proposer un exemple, assez parlant et assez accessible, donné dans un article écrit par un polytechnicien qui s'attachait justement à expliquer qu'il y a souvent une façon lucide d'aborder les problèmes, et plein d'autres plus absconses : comment montrer que les trois médiatrices des côtés d'un triangle se coupent toujours en un même point ? Allons, ne fuyez pas, c'est de la géométrie de collège, vous pouvez tout à fait le comprendre. Il y aurait des moyens compliqués de le montrer, en considérant des coordonnées et tout ; mais la façon lucide de voir le problème, le "bon bout", c'est de voir que lorsque l'on considère deux des médiatrices, elles se coupent forcément en un point, puisque ce sont deux droites non parallèles du plan. Par définition des médiatrices, ce point est alors à même distance des deux sommets du premier côté, et à même distance des deux sommets du second côté. On est dans un triangle, donc un des sommets du premier côté est aussi un des sommets du second côté, donc au final, le point est en fait à la même distance des trois sommets du triangle - donc la troisième médiatrice passe par lui, par définition de la médiatrice, encore une fois. Et vu comme ça, la démonstration est tout à fait limpide, lumineuse, elle respire le bon sens et la lucidité. On a ici trouvé la bonne façon de voir les choses.

Revenons à notre propos principal : a priori, il existe donc des des logiques qu'il est plus logique de suivre que d'autres pour parvenir à des conclusions. Le double emploi du mot "logique" est révélateur : on commence déjà à s'embrouiller, à hésiter - mais on y viendra. Un "bon bout", on pourrait en trouver quasiment dans toutes controverses, dans tous les sujets portant à discussion et où la vérité n'est pas vraiment claire (dans tout ce qui est encore un mystère, quoi, pour reprendre le terme initial du roman policier, et on ne doit pas en être si loin). Prenons trois exemples que j'ai consultés par hasard tour à tour cette nuit, qui n'ont d'autre liens entre eux qu'ils sont controversés et qu'ils étaient, par pure coïncidence, à trois clics l'un de l'autre :

  • Le premier concerne l'ufologie : les ovnis existent-ils réellement ? Le sujet est classique (d'ailleurs, si vous voulez être convaincu que c'est vrai, voici une vidéo 100% authentique d'un alien :D). L'intérêt que j'ai trouvé au site que je consultais alors était de faire des parallèles, peut-être légèrement fumeux (du moins c'est ce que je trouve, mais c'est probablement parce que je pense que les ovnis n'existent pas), mais qui ont au moins le mérite d'exister, entre la recherche actuelle en ufologie - qui manque de crédibilité - et des recherches sur des phénomènes tels que la foudre en boule ou les farfadets, qui sont actuellement très crédibles, mais dont on considérait l'existence comme complètement ridicule avant que l'on finisse par réaliser qu'elle était bien effective. Nous avons donc le problème général : comment réfléchir à partir d'un phénomène inconnu ? Où est le "bon bout" ? Du côté de scientifiques indifférents et conservateurs, ou du côté de ces illuminés un peu dingues ?

  • Le second exemple concerne un scientifique du nom de Jean-Pierre Petit, peut-être brillant à son heure, à propos de qui j'ai lu un court texte le présentant comme quelqu'un qui aurait pu être un génie mais qui a été rejeté par la communauté scientifique parce qu'il aurait été trop dérangeant par l'originalité de ses idées. Et puis à partir du site de ce scientifique, je suis tombé sur une critique d'un de ses articles, écrite par un type qui a l'air tout aussi brillant (parce qu'il écrit bien et parce qu'il est polytechnicien... il est bien évidemment assez dur de juger si l'un comme l'autre le sont réellement, je suppose juste que s'ils ont soutenu une thèse, c'est que ce ne sont pas de parfaits abrutis). Vous pouvez la lire, la critique, elle est intéressante et il n'y a nul besoin de connaître les détails techniques (que je ne connais pas plus que vous, d'ailleurs, à ce niveau) pour en suivre le fil général : vous vous rendrez compte que le polytechnicien démonte totalement Jean-Pierre Petit. Et qu'il est parfaitement convaincant ! Il est convaincant parce qu'il parle de trucs dont vous ne connaissez rien : vous lui faites totalement confiance sur ses connaissances en physique, donc sur ses arguments. Mais il ne fait nul doute que Jean-Pierre Petit pourrait faire une réponse aussi bien sentie et aussi convaincante pour le commun des mortels, parce que lui aussi est astrophysicien et que lui aussi pourrait invoquer quantité de principes inconnus pour justifier ses idées. C'est dur de conclure... au final, il est où le bon bout, là ?

  • Le troisième exemple est un film/documentaire extrêmement intéressant sur les attentats du 11 septembre 2001, que vous connaissez peut-être déjà : 911 Mysteries. Il dure 1h30, mais vous gagnerez peut-être à le voir si vous avez le temps. Le film lui-même évoque un sujet tout à fait controversé, que je vous laisse découvrir, mais pour lequel on peut effectivement aussi se demander où est le bon bout. Toutefois, ce qui m'a marqué dans ce film, outre la fantastique hypothèse qu'il pose et qui fait repenser à Fahrenheit 9/11, ce sont les deux ou trois phrases de la fin, qui disaient à peu près ceci : "Pensez par vous-mêmes".

Voilà donc où nous en somme : ne vous fiez pas aux autres, pensez par vous-mêmes. Les autres peuvent vous tromper, peuvent être dans le faux, il faut donc vous forger vous-même votre propre opinion. D'ailleurs, si c'est honnête et honorable, c'est tout de même assez cocasse d'exhorter les gens à une telle chose à la fin de ce film : la première chose que j'ai faite, c'est de me demander s'il fallait comprendre que l'hypothèse développée dans ce film est un énorme canular ou pas. Hé oui, mine de rien, je venais de recevoir dans la face une heure trente de réflexions qui ne venaient pas de moi-même... si je devais penser par moi-même, je commencerais par tout remettre en doute. Et là, pour trouver le bon bout, c'est mission impossible : plus aucune certitude. Comme je ne suis pas Descartes, je vais quand même essayer de me reposer sur plus de rocs que juste le dubito ergo sum : on va supposer que les experts sont des gens relativement fiables. Oui, parce que dans tous ces débats, dans toutes ces controverses, il doit quand même y avoir des gens qui s'y connaissent - donc des experts - et qui par ailleurs restent relativement indépendants, ou au moins neutres par éthique, ce qui est certes moins sûr, mais il faut bien supposer à un moment qu'il existe des gens qui ne vous trompent pas, et comme j'ai la foi en le genre humain, je le fais. Par ailleurs, il est quand même un peu léger de lancer gaiement l'injonction "pensez par vous-même" : si vous voulez aller conclure par vous-même sur l'affrontement entre les deux astrophysiciens, il vous faut vous aussi un doctorat d'astrophysique, ce qui est un peu dur à exiger. Il faut bien à un moment l'intermédiaire d'experts pour commencer à penser par vous-même sur un certain nombre de sujets...

Enfin, je commence à enfoncer des portes ouvertes ; on vous demande donc au moins de savoir faire preuve d'esprit critique sur les informations que vous recevez. Mais ce n'est pas suffisant : avec uniquement de l'esprit critique, certes on ne se fait pas trop entuber par n'importe quoi, mais on retombe plus ou moins sur le doute absolu du paragraphe précédent. Pour penser par soi-même, il faut aussi savoir interpréter les informations. Et là, le bât blesse : interpréter correctement quelque chose... c'est trouver la logique logique. Le "bon bout", vous vous souvenez. Tous ces exemples pour retomber sur l'évidence que, au final, pour réfléchir, il faut quand même savoir soi-même trouver le bon bout. Et ça vous semble pas flippant, à vous ? Est-ce qu'on vous a jamais appris à faire des interprétations correctes ? Vous avez un fait, vous pouvez le voir de vingt façons différentes, et il vous faut choisir la plus "logique". Pas facile. Personnellement, à chaque fois que je discute, par exemple, avec mon père sur des sujets de politique ou d'économie (c'est rare, et vous pouvez peut-être comprendre pourquoi d'ailleurs, trouver le "bon bout" de ce problème-là... mais bref, ça arrive), je passe mon temps à me rendre compte que ces interprétations limpides qu'il fait, non seulement je n'essaie pas de les faire, mais en plus je ne les aurais jamais vues moi-même. Il est quand même extrêmement dur d'interpréter tous ces faits de façon réellement correcte. Le bon bout de tous ces mystères, il faut tout d'abord penser à le chercher, ce qui est une chose tout de même non négligeable ; mais surtout le trouver, et pour ce faire, on patauge dans le plus opaque des brouillards : les affres de l'hésitation. Vous je ne sais pas, mais moi je n'arrive pas à en sortir.

Ce qui me fait peur, en plus, c'est qu'un jour, le décideur ou l'expert qui devra savoir trancher un problème ou réfléchir comme il faut, ça sera peut-être moi. Et qu'alors, je n'aurai personne pour me dire si ce bout-là était vraiment le bon ou pas.

jeudi 7 août 2008

Où l'on parle de télévision, et d'autres choses

Hier, je me faisais la réflexion qu'on se laisse assez facilement façonner par nos lectures ou les films que l'on regarde (je cherche l'équivalent au mot "lecture" pour les films, mais j'le trouve pas). Quand on y repense, c'est assez évident - vous regardez un film où le héros vous plaît, où vous désirez vous y reconnaitre, faire preuve par exemple de la même grandeur d'esprit, ou de la même constance, ou du même humour, enfin, bref, un aspect de sa personnalité vous semble admirable, vous voulez donc la copier dans une certaine mesure, la faire votre, et un des meilleurs moyens pour cela est, plus ou moins, d'imiter le héros. Mais il ne s'agit pas que d'héroïsme, cela s'étend facilement : vous avez un ami que vous appréciez pour quelque raison, ou plutôt dont vous appréciez (entre autres, évidemment, je ne vais pas réduire mes amis à des particularités) quelque particularité, il est alors très vite fait d'essayer d'acquérir soi-même cette particularité - il s'agit donc plus ou moins de changer sa propre personnalité pour la rendre plus conforme, peut-être uniquement en apparence, et peut-être plus profondément, à un certain idéal que l'on désire atteindre ; et ceci en copiant des attitudes, des comportement, des modes de réflexion à droite, à gauche, à qui l'on admire, et puis en les adaptant comme on le désire. En d'autres termes, il s'agit d'être influencé par les gens que l'on fréquente, de manière consciente ou non ; mais aussi par les œuvres que l'on lit ou que l'on regarde. Je ne sais pas si, par exemple, après avoir regardé un film, pendant quelques jours, vous avez eu l'impression de vouloir réagir comme un des protagonistes, tout à fait inconsciemment (moi oui... et j'ai préféré oublier consciemment). Ce qui fait que, des fois, j'ai tendance à me voir comme une somme d'influences, et je me demande si je suis authentique, et le cas échéant, où - bref, si je reste quand même unique dans ma personnalité ou pas, si j'ai un apport personnel à moi-même ou si je ne suis que ce que les autres ont fait de moi. Ca serait assez déprimant de finir par conclure à la seconde possibilité - mais j'ai tendance à choisir la première (j'arrive encore à inventer des attitudes face à des situations nouvelles qui semblent me venir de nulle part ; et puis, des fois c'est aussi moi qui influence les gens et pas l'inverse... donc le processus est a priori inversible).

Mais enfin, les influences sont quand même facilement pernicieuses. Pour finir par développer la réflexion ci-dessus, j'avais en fait repensé à une conversation que j'avais tenue à une amie durant l'année, qui portait sur la télévision et les raisons qui font qu'elle la regarde beaucoup (bon, pas trop non plus, elle reste en prépa, et par ailleurs c'est une bosseuse). Il apparaît qu'elle regarde en fait la télévision en mangeant, durant le dîner. Il est possible que cette nouvelle vous paraisse en fait totalement évidente, parfaitement normale, que j'aurais du y songer plus tôt et que je suis idiot de me poser une question pareille. Hé oui, mais pour moi c'était plutôt stupeur, consternation et mémoire qui revenait et qui me faisait me rendre compte qu'effectivement, je ne sais plus où ni comment, il fut un jour où j'avais réalisé qu'il arrivait à des gens de regarder la télévision en dînant, mais que je l'avais oublié. Impensable ! Totalement ridicule ! Quand on mange, on mange, on ne regarde pas la télé ! Et comment on fait pour parler aux autres si la télé parle aussi ? Quelle idée bizarre ! Et pourtant, eux, je crois qu'ils le faisaient... oui, et eux aussi... et eux... bref - j'ai du réaliser une nouvelle fois, en un centième seconde, que des gens préféraient regarder la télé plutôt que de parler à leurs parents ou leurs frères et sœurs. Et, en élargissant, toujours in petto, j'ai du me rappeler que tout le monde ne vit pas chez lui comme je vis moi chez moi. Car ce n'est pas a priori évident qu'il existe moult détails de la vie quotidienne qui peuvent être différents de moi aux autres ! Dans mon égocentrisme habituel, ou dans ma naïveté, ça dépend, j'ai une forte tendance à supposer que ma façon de vivre est la seule logique... alors que c'est faux. Après une bonne remise en question de moi-même et de mes habitudes, la suite logique à cette découverte est, quelle est la meilleure façon de vivre ? La mienne ou celle des autres ? La question n'est pas très intéressante dans son cadre le plus large (mais je me la pose encore), mais appliqué au contexte, cela donne des questionnements sur pourquoi cette amie regarde la télévision en dînant plutôt que de, enfin, des interrogations sur le pourquoi de cette autre façon de vivre. Mais en moi-même, j'effectuais surtout la remise en question de ma vision des choses : pourquoi je considère qu'il est mauvais de regarder la télévision en dînant ? Parce que je l'ai jamais fait (sauf actualité exceptionnelle, type élections ou attentat du World Trade Center) ? Non, je sais que je suis capable de nourrir des préjugés à cause de mes habitudes, mais pas négatifs. Parce que mes parents disaient - et diraient toujours actuellement, probablement - que ça se faisait pas ? Ils ne l'ont jamais dit, puisqu'on l'a jamais fait. Parce que j'ai une culture de diabolisation des écrans ? Peut-être, mais ça fait tout de même longtemps que les parents ont accepté que passer des heures devant un ordi n'est pas une tare. Parce que... parce que quoi ?

La réponse, en fait, semble venir - et c'est là que je disais que ces influences étaient pernicieuses ! - d'un roman de SF que j'avais lu il y a assez longtemps, qui se passerait dans quelques dizaines d'années, et dans lequel les gens sont séparés en deux classes sociales, une riche, qui vit dans des villes barricadées, à l'abri de la deuxième, pauvre, qui vit dans les banlieues où c'est le chaos total. Les gens de la première classe sociale sont tous des geeks passant leur vie devant des écrans et dans des univers virtuels, avec une vie aux horaires aléatoires que l'on peut déjà connaitre. Donc, pas d'unité familiale, pas de contacts humains autre part que dans des univers virtuels, des repas pris seuls et en vitesse... sauf une famille, qui s'obstine - pour diverses raisons, c'est la fin du bouquin - à respecter des horaires de repas fixes et rassemblant toute la famille. Bon. Le lien avec la télé ? La télé, ce sont ces écrans, qui divisent les gens. L'absence de télé, c'est la vie de cette famille dans laquelle je me reconnaissais puisque c'est la vie que l'on doit tous mener (je veux dire, dans les grandes lignes : repas souvent en famille et pas chacun de son côté à sa propre heure, c'est la seule grande ligne intéressante et précisée), et puis c'est celle de deux des personnages principaux (évidemment), donc elle est meilleure (évidemment). Bref, le préjugé vient initialement de là. Il m'a quand même fallu aller le chercher assez loin - mais il est là. Il faut voir qu'il reste fondé... jusqu'à un certain point : ce qui y est vrai, c'est qu'il est profitable de faire un dîner familial (je peux vous en expliquer toutes les raisons si vous insistez). Mais pas qu'y regarder la télévision est forcément problématique. Pour preuve, ce que me disait mon amie : sans ça, ils ne parleraient pas du tout. Donc de ce point de vue, ce n'est pas forcément nuisible.

Bref, exit le préjugé (remplacé par une réflexion plus construite, et je n'approuve toujours pas son mode de vie - mais au moins je le comprends) ; mais là, nous avons tout de même une certaine mise en évidence que l'influence de nos lectures peut s'étendre un peu plus loin que ce à quoi l'on s'attend (mais attention, je ne prétend pas que c'est non souhaitable !). Et de chercher d'autres exemples... que j'ai trouvés, même si je ne vous les détaillerai pas. D'où la première réflexion.

Tout ça (oui, je cherche une conclusion à cette note ; comme je parle de deux trucs en même temps, forcément, c'est un peu dur à faire, mais j'avais la flemme de faire deux notes) pour vous demander ce que vous pensez de l'intérêt de regarder le 20h en dînant. Personnellement, je préfère immensément les journaux et l'Internet comme source d'information sur l'actualité, voire la radio - ça fait des années que j'ai pas regardé de journal télévisé (en fait, vos réponses à cette question me permettront de conclure si Bernard Werber devient définitivement un névrosé ou pas).

mercredi 6 août 2008

De blogarum rebus

Il y a quelques jours, je lisais sur les blogs de Pierre et de Camille qu'ils se désolaient qu'ils n'aient pas grand chose à y écrire, enfin, du moins qu'ils remarquaient, et peut-être s'excusaient de ne pas le remplir comme ils ont pu le faire à d'autres époques. Ce à quoi j'ai fini par me dire que, de toutes les façons, c'est l'été, et que l'été, il ne se passe rien, donc il n'y a rien à raconter ; ou alors il se passe des vacances, mais les vacances, c'est a priori privé, ou du moins il me parait naturel, si on a pas de tendance exhibitionniste, de ne pas vouloir les exposer en détail sur Internet. L'été, on glande, on ne fiche pas grand chose, on essaie même pas de réfléchir, donc bon, les blogs restent vides, et après tout, c'est tout à fait normal.

Mais bon, forcément, cette pensée a traversé mon esprit aussi : une petite voix qui vient reprocher "Hé, écrit donc un peu sur ton blog, bougre d'âne !". Et de là, nécessairement, on fini par se demander comment on va le remplir plus tard. Qu'est-ce qu'on va y mettre, qu'est-ce qu'on peut y mettre, qu'est-ce qu'on préfère taire... bref, en somme, comment on le considère. Tout tient dans la quesion : à quoi me sert mon blog ?

Hé bien c'est quand même une bonne question, et je vais me la poser. Au début, je pensais qu'il me servirait, non pas à raconter ma vie, parce que j'en avais pas vraiment envie, mais plutôt à y exposer ces réflexions plus ou moins intéressantes et plus ou moins fumeuses que je vous tiens de temps en temps. Mais bon, forcément, j'ai quand même finit par y raconter ma vie, parce que c'est quand même marrant, ou parce que ça permet d'introduire, ou parce que j'aime bien me la péter, enfin, bref, pour moult raisons. Mais jamais en profondeur, l'intérêt c'est plus (à quelques exceptions près) d'attirer l'attention de mes lecteurs sur quelque chose (enfin là j'la raconte ma vie, et c'est vrai que ça a un côté génial de raconter soi-même sa propre vie en y modifiant légèrement ce qu'on veut, en interprétant légèrement, afin de se faire passer pour vachement mieux que ce qu'on peut être aux yeux des autres ; et puis par ailleurs comme c'est facile à faire, les mots viennent tout seuls, j'suis sûr que j'pourrais continuer des heures comme ça - mais je m'égare) (et puis c'est aussi vrai que j'ai pas envie de vous raconter ma vie, en fait, enfin, du moins la vraie - bon, c'est marrant, je sais pas pourquoi je la désigne par le substantif "la vraie", ce n'est pas une question de vérité ou pas... c'est comme si je considérais ces réflexions que je vous tiens si volontier comme une fausse vie, c'est un peu ridicule - mais bref).

Et puis depuis quelques temps, je me suis rendu compte qu'il me servait aussi à écrire. Oui parce que, quand même, des fois j'aime bien écrire, voir des mots se changer en propositions puis en phrases construites et complexes, qui s'enchaînent avec une certaine cohérence et finissent par faire un tout - un texte. C'est entre autres ce qui justifie la longueur, voire une partie de l'existence, de quelques notes, du genre celle-ci, celle-là ou encore celle-là (mais ce qui justifie la longueur de la note actuelle, c'est que pour une fois, je raconte ma vie). D'ailleurs, je ne sais pas si vous vous rendez compte que c'est à peu près le même amour que je porte au fait d'écrire qu'à quelques aspects des mathématiques ou de l'informatique : il s'agit dans tous les cas de construire des structures complexes à partir d'éléments simples. Donc je disais que ce blog me sert aussi à écrire ; mais cette utilité est venue progressivement, elle n'était pas là au départ, à sa création.

Oui, parce que justement, je me suis rendu compte aujourd'hui qu'il y avait peut-être d'autres utilités à ce blog, au départ, enfin, au moins une, et qui est maintenant... révolue. Oui, je pourrais presque dire que ce blog n'a plus énormément de raisons d'être - si ce n'avait été, justement, son évolution, j'entends par là l'évolution de la réponse à la question "À quoi sert-il ?". Mais en quelque sorte, je crois que je peux y annoncer quelque tournant, qui ne sera sensible probablement que par moi, mais même.

Comme vous le savez peut-être, je ne sais plus si je l'ai dit clairement à quelqu'un ou pas, une des raisons qui m'avait motivé lors de la création de ce blog, c'est la lecture de celui d'Elsa, que j'avais découvert tout à fait par hasard en suivant je ne sais pas quel lien (sur le coup ça m'avait d'ailleurs presque surpris qu'elle en ait un). J'y avais trouvé un je-ne-sais-quoi de particulier, d'original, de mystérieux (oui, bon, j'étais tombé sur une série de notes incompréhensibles aussi), et puis de légèrement attirant, parce que ça aiguise la curiosité - par ailleurs, il m'avait aussi permis de la voir (Elsa) un peu autrement, puisque jusque là je ne m'étais jamais vraiment intéressé à sa vie (oui, non, il n'y avait pas que des notes incompréhensibles non plus). Et donc alors, la réflexion logique... pourquoi pas essayer de faire pareil ?

Donc j'ai fait mon blog - et en retombant sur la dernière note de celui d'Elsa aujourd'hui (je ne passe pas mon temps à la relire, non, enfin remarque, je pourrais ; mais cette fois c'était juste pour suivre un lien vers un autre blog), j'ai me suis soudain rendu compte qu'effectivement... j'avais fini par faire pareil. Et même mieux : ce blog qui m'avait inspiré parle maintenant de moi - même à moi !

Je suis d'accord, c'est con : cette réflexion ne signifie rien et n'a pas d'importance. Mais elle apporte tout de même un corrélat qui en a, lui : après tout, je pourrais très bien fermer ce blog, puisqu'il n'a plus cette utilité-là. Mais bon. J'ai encore envie d'écrire.