Anywhere, Out Of The World

Réservoir de réflexions personnelles et autres délires particuliers

dimanche 14 septembre 2008

Change pas

"Change pas", c'est de ces formules que j'ai déjà entendues dans la bouche des gens et que je me suis toujours promis de ne jamais utiliser, que ce soit parce qu'elles sont ridicules, fausses, honteuses, etc. En l'occurence, la première fois que je me suis subitement dit que celle-ci était particulièrement égoïste, c'était lors d'un cours de philo en terminale, alors qu'une camarade de classe, Chiraz de son prénom, avait dit je ne sais plus quoi de légèrement drôle ou malicieux au prof avec un mignon sourire, et que celui-ci avait répondu entre autres "Change pas, Chiraz, change pas".

Cela m'avait paru particulièrement déplacé. De quel droit ce prof, qui était lui déjà un homme mûr, donc qui avait eu le temps de vivre quantité et quantité de changements, enjoignait une adolescente de 17 ans à ne pas changer, id est à ne pas évoluer, donc en somme à ne pas vivre ? Okey, l'interprétation est rapide ; il voulait juste dire qu'il aimait particulièrement un trait de caractère ou un sourire, je ne sais, et qu'il eut trouvé dommageable - pour elle - qu'elle le perde. Cela n'empêche que cette formulation a un côté tout à fait égoïste. Ne change pas parce que je te préfère ainsi, parce que j'ai peur que tu ne deviennes moins bien, même si effectivement tu pourrais aussi devenir mieux, je ne veux pas prendre le risque. Ne change pas de façon à ce que chaque jour je puisse essayer de retrouver cet instant où je t'avais apprécié(e), au moins partiellement.

Non mais vous imaginez une vie sans changement, vous ? Ça serait triste. L'absence de changement, c'est la stagnation, la non-évolution. C'est la stabilité de P.K.Dick, une société où plus rien n'évolue de peur d'une innovation qui la bouleverserait trop. C'est la peur, la lâcheté, la flemme ou la facilité qui font se dire qu'il ne faut rien altérer, surtout ne pas changer ses habitudes, parce que c'est trop compliqué, parce que c'est trop différent, et que si ça pourrait peut-être être mieux, ça pourrait aussi être pire, et puis la différence, ça fait peur, et puis s'adapter, c'est fatiguant. Bref, c'est le fait de revivre toujours les mêmes choses, les mêmes situations. De façon un peu automatique, comme un robot. C'est en ça que c'est l'absence de vie - parce que la vie, elle, est une adaptation constante à un environnement qui change, lui, et c'est de là que vient l'évolution.

Je ne dis pas que l'envie de ne rien changer est complètement dénuée de bon sens. Je la trouve triste, parce qu'elle dénote une relative absence de curiosité ou d'esprit d'aventure ; mais après tout, l'on peut se persuader que la vie que l'on mène est la plus belle possible et qu'il n'y a rien à changer. Cependant, ajoutons une donnée : vous êtes jeunes. Il vous reste au moins soixante ans à vivre, vous voudriez les passer exactement de la même façon que vous le faites maintenant ? Non, sûrement pas. Vous avez toute votre vie pour découvrir plein de choses, grapiller çà et là des éléments qui feront évoluer votre personnalité. Qui vous feront changer, selon votre aspiration du moment. Vous ne demandez probablement qu'à évoluer, et tentez de vous en donner les moyens - enfin, j'en sais rien, mais idéalement, je peux difficilement concevoir la vie autrement, le contraire serait déprimant.

Résumons : "Change pas", c'est donc une formule qui vous enjoint à ne pas évoluer pour que l'autre vous retrouve toujours de la même façon. L'on vous demande en somme de ne pas vivre pour que l'autre puisse vivre plus sereinement. Certes, j'interprète assez loin - mais, enfin, je ne sais pas, il y a des formulations autrement moins égoïstes : "deviens meilleur", "ne deviens pas pire". C'est quand même mieux.

Mais dans un cadre plus large que ce simple jeu de mots, le problème du changement est relativement général. J'ai peur de dire quelque chose d'un peu abusif, mais tout, dans la vie, est une question de changement. Et notamment de l'appréhension qu'il provoque. Parce que le problème, en général, il n'est pas dans le changement ; il est dans l'inertie, ou pire, dans la réaction contraire des gens ou des structures. Avec ce point de vue, la sagesse, c'est de savoir distinguer les cas où l'on est opposé au changement parce qu'il est fondamentalement mauvais (bah, oui, je ne vais pas exclure ce cas-là non plus, tout changement n'est pas toujours bon à faire), de ceux où on l'est juste par inertie.

vendredi 8 août 2008

Réfléchir par le bon bout

Le "bon bout", c'est l'expression qu'utilise Rouletabille, l'enquêteur dans le roman policier le Mystère de la Chambre Jaune, de Gaston Leroux, pour désigner le(s) point(s) sur le(s)quel(s) il est logique de commencer à fonder ses réflexions et étayer ses affirmations. Comme c'est lui qui a raison (ben, oui, il résoud l'affaire), il apparaît qu'effectivement, c'était bien de ces éléments qu'il était logique de partir, pour parvenir à expliquer le mystère du livre (passionnant au demeurant).

Après tout, Rouletabille n'a pas tort. Toutes les façons de réfléchir ne se valent pas ; je ne vais pas prétendre qu'il y en a une qui peut prévaloir sur toutes les autres, mais que certaines relèvent du bon sens, de la lucidité, tandis que d'autres de l'abstrus, voire de l'obscur le plus total, si elles ne sont complètement douteuses. Je peux ici proposer un exemple, assez parlant et assez accessible, donné dans un article écrit par un polytechnicien qui s'attachait justement à expliquer qu'il y a souvent une façon lucide d'aborder les problèmes, et plein d'autres plus absconses : comment montrer que les trois médiatrices des côtés d'un triangle se coupent toujours en un même point ? Allons, ne fuyez pas, c'est de la géométrie de collège, vous pouvez tout à fait le comprendre. Il y aurait des moyens compliqués de le montrer, en considérant des coordonnées et tout ; mais la façon lucide de voir le problème, le "bon bout", c'est de voir que lorsque l'on considère deux des médiatrices, elles se coupent forcément en un point, puisque ce sont deux droites non parallèles du plan. Par définition des médiatrices, ce point est alors à même distance des deux sommets du premier côté, et à même distance des deux sommets du second côté. On est dans un triangle, donc un des sommets du premier côté est aussi un des sommets du second côté, donc au final, le point est en fait à la même distance des trois sommets du triangle - donc la troisième médiatrice passe par lui, par définition de la médiatrice, encore une fois. Et vu comme ça, la démonstration est tout à fait limpide, lumineuse, elle respire le bon sens et la lucidité. On a ici trouvé la bonne façon de voir les choses.

Revenons à notre propos principal : a priori, il existe donc des des logiques qu'il est plus logique de suivre que d'autres pour parvenir à des conclusions. Le double emploi du mot "logique" est révélateur : on commence déjà à s'embrouiller, à hésiter - mais on y viendra. Un "bon bout", on pourrait en trouver quasiment dans toutes controverses, dans tous les sujets portant à discussion et où la vérité n'est pas vraiment claire (dans tout ce qui est encore un mystère, quoi, pour reprendre le terme initial du roman policier, et on ne doit pas en être si loin). Prenons trois exemples que j'ai consultés par hasard tour à tour cette nuit, qui n'ont d'autre liens entre eux qu'ils sont controversés et qu'ils étaient, par pure coïncidence, à trois clics l'un de l'autre :

  • Le premier concerne l'ufologie : les ovnis existent-ils réellement ? Le sujet est classique (d'ailleurs, si vous voulez être convaincu que c'est vrai, voici une vidéo 100% authentique d'un alien :D). L'intérêt que j'ai trouvé au site que je consultais alors était de faire des parallèles, peut-être légèrement fumeux (du moins c'est ce que je trouve, mais c'est probablement parce que je pense que les ovnis n'existent pas), mais qui ont au moins le mérite d'exister, entre la recherche actuelle en ufologie - qui manque de crédibilité - et des recherches sur des phénomènes tels que la foudre en boule ou les farfadets, qui sont actuellement très crédibles, mais dont on considérait l'existence comme complètement ridicule avant que l'on finisse par réaliser qu'elle était bien effective. Nous avons donc le problème général : comment réfléchir à partir d'un phénomène inconnu ? Où est le "bon bout" ? Du côté de scientifiques indifférents et conservateurs, ou du côté de ces illuminés un peu dingues ?

  • Le second exemple concerne un scientifique du nom de Jean-Pierre Petit, peut-être brillant à son heure, à propos de qui j'ai lu un court texte le présentant comme quelqu'un qui aurait pu être un génie mais qui a été rejeté par la communauté scientifique parce qu'il aurait été trop dérangeant par l'originalité de ses idées. Et puis à partir du site de ce scientifique, je suis tombé sur une critique d'un de ses articles, écrite par un type qui a l'air tout aussi brillant (parce qu'il écrit bien et parce qu'il est polytechnicien... il est bien évidemment assez dur de juger si l'un comme l'autre le sont réellement, je suppose juste que s'ils ont soutenu une thèse, c'est que ce ne sont pas de parfaits abrutis). Vous pouvez la lire, la critique, elle est intéressante et il n'y a nul besoin de connaître les détails techniques (que je ne connais pas plus que vous, d'ailleurs, à ce niveau) pour en suivre le fil général : vous vous rendrez compte que le polytechnicien démonte totalement Jean-Pierre Petit. Et qu'il est parfaitement convaincant ! Il est convaincant parce qu'il parle de trucs dont vous ne connaissez rien : vous lui faites totalement confiance sur ses connaissances en physique, donc sur ses arguments. Mais il ne fait nul doute que Jean-Pierre Petit pourrait faire une réponse aussi bien sentie et aussi convaincante pour le commun des mortels, parce que lui aussi est astrophysicien et que lui aussi pourrait invoquer quantité de principes inconnus pour justifier ses idées. C'est dur de conclure... au final, il est où le bon bout, là ?

  • Le troisième exemple est un film/documentaire extrêmement intéressant sur les attentats du 11 septembre 2001, que vous connaissez peut-être déjà : 911 Mysteries. Il dure 1h30, mais vous gagnerez peut-être à le voir si vous avez le temps. Le film lui-même évoque un sujet tout à fait controversé, que je vous laisse découvrir, mais pour lequel on peut effectivement aussi se demander où est le bon bout. Toutefois, ce qui m'a marqué dans ce film, outre la fantastique hypothèse qu'il pose et qui fait repenser à Fahrenheit 9/11, ce sont les deux ou trois phrases de la fin, qui disaient à peu près ceci : "Pensez par vous-mêmes".

Voilà donc où nous en somme : ne vous fiez pas aux autres, pensez par vous-mêmes. Les autres peuvent vous tromper, peuvent être dans le faux, il faut donc vous forger vous-même votre propre opinion. D'ailleurs, si c'est honnête et honorable, c'est tout de même assez cocasse d'exhorter les gens à une telle chose à la fin de ce film : la première chose que j'ai faite, c'est de me demander s'il fallait comprendre que l'hypothèse développée dans ce film est un énorme canular ou pas. Hé oui, mine de rien, je venais de recevoir dans la face une heure trente de réflexions qui ne venaient pas de moi-même... si je devais penser par moi-même, je commencerais par tout remettre en doute. Et là, pour trouver le bon bout, c'est mission impossible : plus aucune certitude. Comme je ne suis pas Descartes, je vais quand même essayer de me reposer sur plus de rocs que juste le dubito ergo sum : on va supposer que les experts sont des gens relativement fiables. Oui, parce que dans tous ces débats, dans toutes ces controverses, il doit quand même y avoir des gens qui s'y connaissent - donc des experts - et qui par ailleurs restent relativement indépendants, ou au moins neutres par éthique, ce qui est certes moins sûr, mais il faut bien supposer à un moment qu'il existe des gens qui ne vous trompent pas, et comme j'ai la foi en le genre humain, je le fais. Par ailleurs, il est quand même un peu léger de lancer gaiement l'injonction "pensez par vous-même" : si vous voulez aller conclure par vous-même sur l'affrontement entre les deux astrophysiciens, il vous faut vous aussi un doctorat d'astrophysique, ce qui est un peu dur à exiger. Il faut bien à un moment l'intermédiaire d'experts pour commencer à penser par vous-même sur un certain nombre de sujets...

Enfin, je commence à enfoncer des portes ouvertes ; on vous demande donc au moins de savoir faire preuve d'esprit critique sur les informations que vous recevez. Mais ce n'est pas suffisant : avec uniquement de l'esprit critique, certes on ne se fait pas trop entuber par n'importe quoi, mais on retombe plus ou moins sur le doute absolu du paragraphe précédent. Pour penser par soi-même, il faut aussi savoir interpréter les informations. Et là, le bât blesse : interpréter correctement quelque chose... c'est trouver la logique logique. Le "bon bout", vous vous souvenez. Tous ces exemples pour retomber sur l'évidence que, au final, pour réfléchir, il faut quand même savoir soi-même trouver le bon bout. Et ça vous semble pas flippant, à vous ? Est-ce qu'on vous a jamais appris à faire des interprétations correctes ? Vous avez un fait, vous pouvez le voir de vingt façons différentes, et il vous faut choisir la plus "logique". Pas facile. Personnellement, à chaque fois que je discute, par exemple, avec mon père sur des sujets de politique ou d'économie (c'est rare, et vous pouvez peut-être comprendre pourquoi d'ailleurs, trouver le "bon bout" de ce problème-là... mais bref, ça arrive), je passe mon temps à me rendre compte que ces interprétations limpides qu'il fait, non seulement je n'essaie pas de les faire, mais en plus je ne les aurais jamais vues moi-même. Il est quand même extrêmement dur d'interpréter tous ces faits de façon réellement correcte. Le bon bout de tous ces mystères, il faut tout d'abord penser à le chercher, ce qui est une chose tout de même non négligeable ; mais surtout le trouver, et pour ce faire, on patauge dans le plus opaque des brouillards : les affres de l'hésitation. Vous je ne sais pas, mais moi je n'arrive pas à en sortir.

Ce qui me fait peur, en plus, c'est qu'un jour, le décideur ou l'expert qui devra savoir trancher un problème ou réfléchir comme il faut, ça sera peut-être moi. Et qu'alors, je n'aurai personne pour me dire si ce bout-là était vraiment le bon ou pas.

jeudi 7 août 2008

Où l'on parle de télévision, et d'autres choses

Hier, je me faisais la réflexion qu'on se laisse assez facilement façonner par nos lectures ou les films que l'on regarde (je cherche l'équivalent au mot "lecture" pour les films, mais j'le trouve pas). Quand on y repense, c'est assez évident - vous regardez un film où le héros vous plaît, où vous désirez vous y reconnaitre, faire preuve par exemple de la même grandeur d'esprit, ou de la même constance, ou du même humour, enfin, bref, un aspect de sa personnalité vous semble admirable, vous voulez donc la copier dans une certaine mesure, la faire votre, et un des meilleurs moyens pour cela est, plus ou moins, d'imiter le héros. Mais il ne s'agit pas que d'héroïsme, cela s'étend facilement : vous avez un ami que vous appréciez pour quelque raison, ou plutôt dont vous appréciez (entre autres, évidemment, je ne vais pas réduire mes amis à des particularités) quelque particularité, il est alors très vite fait d'essayer d'acquérir soi-même cette particularité - il s'agit donc plus ou moins de changer sa propre personnalité pour la rendre plus conforme, peut-être uniquement en apparence, et peut-être plus profondément, à un certain idéal que l'on désire atteindre ; et ceci en copiant des attitudes, des comportement, des modes de réflexion à droite, à gauche, à qui l'on admire, et puis en les adaptant comme on le désire. En d'autres termes, il s'agit d'être influencé par les gens que l'on fréquente, de manière consciente ou non ; mais aussi par les œuvres que l'on lit ou que l'on regarde. Je ne sais pas si, par exemple, après avoir regardé un film, pendant quelques jours, vous avez eu l'impression de vouloir réagir comme un des protagonistes, tout à fait inconsciemment (moi oui... et j'ai préféré oublier consciemment). Ce qui fait que, des fois, j'ai tendance à me voir comme une somme d'influences, et je me demande si je suis authentique, et le cas échéant, où - bref, si je reste quand même unique dans ma personnalité ou pas, si j'ai un apport personnel à moi-même ou si je ne suis que ce que les autres ont fait de moi. Ca serait assez déprimant de finir par conclure à la seconde possibilité - mais j'ai tendance à choisir la première (j'arrive encore à inventer des attitudes face à des situations nouvelles qui semblent me venir de nulle part ; et puis, des fois c'est aussi moi qui influence les gens et pas l'inverse... donc le processus est a priori inversible).

Mais enfin, les influences sont quand même facilement pernicieuses. Pour finir par développer la réflexion ci-dessus, j'avais en fait repensé à une conversation que j'avais tenue à une amie durant l'année, qui portait sur la télévision et les raisons qui font qu'elle la regarde beaucoup (bon, pas trop non plus, elle reste en prépa, et par ailleurs c'est une bosseuse). Il apparaît qu'elle regarde en fait la télévision en mangeant, durant le dîner. Il est possible que cette nouvelle vous paraisse en fait totalement évidente, parfaitement normale, que j'aurais du y songer plus tôt et que je suis idiot de me poser une question pareille. Hé oui, mais pour moi c'était plutôt stupeur, consternation et mémoire qui revenait et qui me faisait me rendre compte qu'effectivement, je ne sais plus où ni comment, il fut un jour où j'avais réalisé qu'il arrivait à des gens de regarder la télévision en dînant, mais que je l'avais oublié. Impensable ! Totalement ridicule ! Quand on mange, on mange, on ne regarde pas la télé ! Et comment on fait pour parler aux autres si la télé parle aussi ? Quelle idée bizarre ! Et pourtant, eux, je crois qu'ils le faisaient... oui, et eux aussi... et eux... bref - j'ai du réaliser une nouvelle fois, en un centième seconde, que des gens préféraient regarder la télé plutôt que de parler à leurs parents ou leurs frères et sœurs. Et, en élargissant, toujours in petto, j'ai du me rappeler que tout le monde ne vit pas chez lui comme je vis moi chez moi. Car ce n'est pas a priori évident qu'il existe moult détails de la vie quotidienne qui peuvent être différents de moi aux autres ! Dans mon égocentrisme habituel, ou dans ma naïveté, ça dépend, j'ai une forte tendance à supposer que ma façon de vivre est la seule logique... alors que c'est faux. Après une bonne remise en question de moi-même et de mes habitudes, la suite logique à cette découverte est, quelle est la meilleure façon de vivre ? La mienne ou celle des autres ? La question n'est pas très intéressante dans son cadre le plus large (mais je me la pose encore), mais appliqué au contexte, cela donne des questionnements sur pourquoi cette amie regarde la télévision en dînant plutôt que de, enfin, des interrogations sur le pourquoi de cette autre façon de vivre. Mais en moi-même, j'effectuais surtout la remise en question de ma vision des choses : pourquoi je considère qu'il est mauvais de regarder la télévision en dînant ? Parce que je l'ai jamais fait (sauf actualité exceptionnelle, type élections ou attentat du World Trade Center) ? Non, je sais que je suis capable de nourrir des préjugés à cause de mes habitudes, mais pas négatifs. Parce que mes parents disaient - et diraient toujours actuellement, probablement - que ça se faisait pas ? Ils ne l'ont jamais dit, puisqu'on l'a jamais fait. Parce que j'ai une culture de diabolisation des écrans ? Peut-être, mais ça fait tout de même longtemps que les parents ont accepté que passer des heures devant un ordi n'est pas une tare. Parce que... parce que quoi ?

La réponse, en fait, semble venir - et c'est là que je disais que ces influences étaient pernicieuses ! - d'un roman de SF que j'avais lu il y a assez longtemps, qui se passerait dans quelques dizaines d'années, et dans lequel les gens sont séparés en deux classes sociales, une riche, qui vit dans des villes barricadées, à l'abri de la deuxième, pauvre, qui vit dans les banlieues où c'est le chaos total. Les gens de la première classe sociale sont tous des geeks passant leur vie devant des écrans et dans des univers virtuels, avec une vie aux horaires aléatoires que l'on peut déjà connaitre. Donc, pas d'unité familiale, pas de contacts humains autre part que dans des univers virtuels, des repas pris seuls et en vitesse... sauf une famille, qui s'obstine - pour diverses raisons, c'est la fin du bouquin - à respecter des horaires de repas fixes et rassemblant toute la famille. Bon. Le lien avec la télé ? La télé, ce sont ces écrans, qui divisent les gens. L'absence de télé, c'est la vie de cette famille dans laquelle je me reconnaissais puisque c'est la vie que l'on doit tous mener (je veux dire, dans les grandes lignes : repas souvent en famille et pas chacun de son côté à sa propre heure, c'est la seule grande ligne intéressante et précisée), et puis c'est celle de deux des personnages principaux (évidemment), donc elle est meilleure (évidemment). Bref, le préjugé vient initialement de là. Il m'a quand même fallu aller le chercher assez loin - mais il est là. Il faut voir qu'il reste fondé... jusqu'à un certain point : ce qui y est vrai, c'est qu'il est profitable de faire un dîner familial (je peux vous en expliquer toutes les raisons si vous insistez). Mais pas qu'y regarder la télévision est forcément problématique. Pour preuve, ce que me disait mon amie : sans ça, ils ne parleraient pas du tout. Donc de ce point de vue, ce n'est pas forcément nuisible.

Bref, exit le préjugé (remplacé par une réflexion plus construite, et je n'approuve toujours pas son mode de vie - mais au moins je le comprends) ; mais là, nous avons tout de même une certaine mise en évidence que l'influence de nos lectures peut s'étendre un peu plus loin que ce à quoi l'on s'attend (mais attention, je ne prétend pas que c'est non souhaitable !). Et de chercher d'autres exemples... que j'ai trouvés, même si je ne vous les détaillerai pas. D'où la première réflexion.

Tout ça (oui, je cherche une conclusion à cette note ; comme je parle de deux trucs en même temps, forcément, c'est un peu dur à faire, mais j'avais la flemme de faire deux notes) pour vous demander ce que vous pensez de l'intérêt de regarder le 20h en dînant. Personnellement, je préfère immensément les journaux et l'Internet comme source d'information sur l'actualité, voire la radio - ça fait des années que j'ai pas regardé de journal télévisé (en fait, vos réponses à cette question me permettront de conclure si Bernard Werber devient définitivement un névrosé ou pas).

mercredi 28 mai 2008

Composition française

À cause des concours, j'ai du faire en environ un mois au moins 4 dissertations de français, une densité que je n'avais jamais atteinte jusqu'ici. Eh bien faire autant de dissertations en si peu de temps, ça pousse à la réflexion. Notamment sur la façon dont on procède pour les faire (bon, dans ce billet je dirai "on" pour me sentir moins égocentrique mais il est évident que je ne peux parler qu'à partir de ma seule expérience personnelle et que c'est comme un "je") et sur l'intérêt qu'on en tire.

Oui parce qu'immanquablement, pendant les 4 heures que durent les dissertations de l'X et de l'ENS, on a le temps de penser à autre chose. Par exemple, faire un parallèle entre la façon dont on réfléchit pour résoudre un problème de maths et répondre à la question posée en sujet de dissert'. En maths, lorsque l'on doit résoudre un problème, on connait le point de départ, on connait en général le résultat auquel on doit arriver, et on connait les outils à notre disposition. Il ne reste qu'à trouver un chemin, ardu ou non, long ou non, qui puisse nous mener en toute logique et en toute intelligence de notre point de départ à notre point d'arrivée. Mais quoi qu'il en soit, on doit joindre dans notre réflexion deux points donnés qu'on ne choisit pas, en passant par un certain nombre d'embûches sur lesquelles on n'a pas prise.

Pour pondre une dissertation, le problème est tout autre. On connait le point de départ, on possède quelques outils mal définis ; mais, surtout, d'une part, on détermine nous-même le point d'arrivée, et d'autre part, on place nous-même les embûches sur le terrain qu'on va parcourir : dans le plan de dissertation qu'on nous rabache tout le temps, Thèse - Antithèse - Synthèse, il est de notre propre ressort de trouver pourquoi la thèse n'est pas satisfaisante, pourquoi l'antithèse ne l'est pas non plus, et comment on trouve un parti satisfaisant résultant de l'opposition des deux. Donc en gros, on doit réussir à fabriquer et à parcourir dans le temps qui nous est imparti un chemin qui est assez dur ou assez long pour remplir suffisament notre copie. Et là, ça tourne quand même sacrément à une espèce d'hypocrisie un peu détestable. Deux possibilités s'offrent à vous : soit votre point d'arrivée est éloigné, donc en somme vous avez beaucoup de suite dans les idées et vous vous attachez à montrer dans votre dissertation quelque chose d'éloigné du point de départ, vous parcourez toutes vos idées dans un genre de progression qui va suffisament loin pour que ça remplisse bien la copie ; soit votre point de d'arrivée se trouve être assez proche, autrement dit, vous allez essayer de montrer quelque chose qui se montre en à peu près trois phrases. Donc pour remplir suffisament votre copie, vous allez devoir créer de grosses embûches afin d'allourdir suffisament votre réflexion, pour qu'elle tienne en un nombre de copies digne, et puis aussi pour que vous puissiez placer vos citations et vos références (NdlR : en français en prépa, on doit au moins s'appuyer sur trois oeuvres étudiées pendant l'année pour faire les dissertations, et pour montrer qu'on les connait, en citer des passages satisfaisants pour illustrer nos arguments). En somme, vous vous faites vous-même un espèce de chemin tortueux restreint dans des nuances, parce que vos points de réflexion sont trop proches, et auquel vous ne croyez même pas parce que vous pensez au départ qu'il devrait se parcourir à vol d'oiseau, même si vous êtes obligé d'affirmer le contraire dans votre dissertation. Vous vous rendez balourd pour la seule nécessité de montrer que vous connaissez vos oeuvres. Mais vous n'avez pas trop le choix, parce que si vous essayez d'aller plus loin, soit vous êtes perdu, soit vous partez dans un délire total qui a 100% de chances d'être hors-sujet - bref, parce que vous n'êtes pas assez audacieux ou pas assez clairvoyant pour pouvoir faire quelque chose de plus développé.

Bon, bien sûr, on peut aussi se demander à quel point la modélisation de la réflexion comme la jonction de deux points à travers un terrain présentant une certaine topographie est pertinente, mais moi je l'aime bien. Et j'en conclus que l'exercice de la dissertation, c'est quand même des fois sacrément hypocrite. Pendant 4 heures de dissertation, je mène en général une demi-heure de réflexion constructive (qui est au deumeurant très intéressante) où je développe mes idées et réfléchis au sujet lui-même, et une heure et demi de réflexion déconstructive où je me demande comment je peux donner à un mouchoir de poche la taille d'une nappe, par tous les moyens possibles (créer des difficultés là où il n'y en a pas, donner à un argument le sens inverse de celui qu'on pensait donner au départ...). Il y a quand même matière à préférer les maths.

vendredi 23 mai 2008

Short Message Service

Certains le savent déjà, comme je le disais à un ami lorsqu'il l'a découvert, je me suis compromis il y a environ un mois : j'ai acheté un téléphone cellulaire. Oui, ben, il fallait bien le faire un jour. Avec ce nouvel appareil, viennent de nouvelles expériences de communication, enfin au moins une, le SMS (j'essaierais bien la visiophonie aussi mais j'ai trouvé personne d'autre avec un mobile compatible). Et évidemment... j'apprécie guère.

La première chose qui m'a frappée, avant tout autre constat, c'est qu'étrangement, l'utilisation du net a du me rendre plus intolérant à la simplification orthographique. Oui, parce que sur le net, à peu près tous les gens que je fréquente écrivent les mots en entier, en bon français, avec les accents quand c'est possible et les apostrophes et la ponctuation et tout le barda. Bref, communiquent normalement. Au premier SMS que j'ai reçu, je me suis presque demandé si la personne qui l'avait envoyé était bien celle que je pensais : aucun accent, aucune apostrophe, quelques fautes d'orthographes (probablement là par hasard, mais ça en rajoutait quand même), et des raccourcis linguistiques, ma foi classiques, mais que je n'avais pas vus sur un texte numérique depuis fort longtemps (si on oublie les messages des "boulets" que je ne lis pas). En un mot, j'étais choqué. J'étais aussi un peu choqué de me trouver choqué puisque ce n'était pas si choquant, après tout, mais bon, même, ça me dérangeait - et je me suis rendu compte que je risquais de ne pas apprécier énormément les SMS.

Et puis ça s'est confirmé. Enfin, au moins j'ai rapidement compris tout l'intérêt des raccourcis linguistiques : taper un message sur un clavier de 10 touches, c'est d'un fastidieux ! Surtout vu comment la place des lettres a été choisie avec un soin tout particulier pour faciliter leur accès. À chaque fois que je dois taper un "s", je fustige en pensée ces ingénieurs idiots qui n'ont pas essayé à un moment rien qu'une toute petite francisation du clavier des téléphones mobiles, juste histoire de mettre les lettres les plus courantes à un accès plus évident. Enfin, à peine pour rendre les téléphones mobiles faciles d'utilisation.... mais non.

Donc pour faciliter les choses, au moins lorsque je suis devant mon ordi et que je dois taper un SMS, je branche mon mobile sur l'ordi et je le tape avec un véritable clavier de 102 touches. Ou mieux, quand j'ai la flemme de le brancher, j'envoie le SMS depuis le site d'Orange. Tout de suite, l'expérience change, et taper un message redevient un plaisir. Hé oui, mais il reste encore un obstable : 160 caractères, c'est profondément ridicule. Impossible de tenir une conversation digne dans une quantité de caractères aussi petite, il faut condenser, résumer, choisir ce que l'on veut dire, raccourcir le message d'une façon ou d'une autre... enfin, l'exercice est parfois intéressant mais il enlève beaucoup à la conversation. Et d'ailleurs, comment appeler ça une conversation ? Parler avec quelqu'un par SMS, c'est envoyer et recevoir un message tous les quarts d'heure. Ca n'a rien d'une conversation. Par ailleurs, dès qu'il faut en envoyer plus de deux (même pas nécessairement en même temps, je veux dire deux par exemple un plus une réponse à la réponse), c'est que quelque part ça ne va pas. Parce que si on a tant de choses à dire, il est beaucoup plus facile, rapide et pratique d'appeler (enfin, sauf cas exceptionnel, évidemment, mais il ne faut pas en voir partout) directement l'interlocuteur de vive voix (et c'est même plus rentable, ne vous en déplaise).

Enfin, pour dire beaucoup de choses à quelqu'un lorsqu'on est devant son ordi, j'ai trouvé récemment une dernière solution, qui est de raconter sa vie par MMS, où la taille du message en caractères n'est pas limitée (enfin, avec un maximum de 300 ko, autrement dit plus l'infini si ce n'est que du texte) (comme Orange en offre sur le net à destination des autres destinataires Orange, c'est même pas foireux comme plan). Sauf que ça finit par être légèrement ridicule - autant envoyer un e-mail (sauf s'il faut que le destinataire ait le message immédiatement, évidemment, mais dans ce cas-là le SMS suffit en général).

Voilà, tout ça pour dire que je comprends mal l'engouement des gens pour les SMS. Surtout à cause du premier S en définitive, mais pour le reste aussi.

 

Edition - Je me suis rendu compte en repensant à tout cela que je ne suis pas complètement juste : je suis tout à fait d'accord que les SMS restent un moyen indéniablement pratique et facile d'envoyer un message suffisament court et qui ne rentre pas dans les cas ci-dessus...

mercredi 6 février 2008

De la perpétuation des traditions

Les traditions se perdent, parait-il. Les traditions, ces vieilles coutumes qui existent encore mais on sait pas pourquoi, des fois marrantes, des fois stupides, et souvent bien surranées. Mais si elles se perdent, c'est parce que, justement, elles ne sont plus vraiment adaptées à notre temps. Prenons un exemple, la Chandeleur - il est d'usage de faire sauter une crêpe en tenant un Louis d'or dans la main pour avoir de la chance et de la prospérité dans l'année. C'est certes comique, comme tradition, mais où trouver un Louis d'or de nos jours ? C'est un peu dur de la tenir, la tradition...

Mais en fait, il faut repenser un peu à la tradition. Un Louis d'or, lorsque cette monnaie avait encore cours, cela valait... beaucoup. On pourrait presque dire que toutes les économies de quelqu'un (de pas spécialement riche) tenaient dans un Louis d'or. Alors, tenir cette pièce dans sa main, cela revenait à contenir toutes ses économies dans sa main... on comprend mieux pourquoi, alors, la tradition de la Chandeleur est reliée à la prospérité. Mais donc, comment garder cet esprit actuellement ? Facile - dorénavant, si vous n'avez pas de Louis d'or à la Chandeleur, faites sauter une crêpe en tenant votre carte de crédit à la main.

dimanche 3 février 2008

"qu'il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu"

C'est un fait : le ciel est bleu. N'importe qui d'un peu observateur et d'un peu curieux ne peut pas ne pas se demander : et pourquoi il est bleu ? Une vraie tourmente, cette question. On peut se la poser longtemps... mais on a enfin fini par trouver la réponse : s'il est bleu, c'est parce que la mer se reflète dedans.

Sauf que cette audacieuse hypothèse ne vient pas expliquer, alors, pourquoi la mer est bleue. Mais cette question-là, en fait, tout le monde en connait la réponse. Plongez votre stylo plume dans un verre d'eau, vous verrez bien que l'eau va prendre une teinte azurée par l'encre qui s'en échappe. Tout s'explique. Ce sont les poulpes qui donnent à la mer, et donc au ciel, son coloris céleste.